Le journal originale de Roy (1/4)

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© 2003 Nina Jenkin.

Préface

Ce livre décrit les impressions et les expériences vécues durant un premier voyage à l’étranger. Il a été rédigé pour rappeler à l’auteur une aventure vraiment passionnante, qui fut en même temps des vacances très agréables. Par conséquent, un grand nombre de références insignifiantes est inclu, telles que les détails sur la nourriture, qui n’auront peut-être aucun sens pour les autres lecteurs.

L’auteur n’a pas la prétention d’avoir un bon style littéraire. Le texte ne représente guère plus que des notes minutieusement inscrites dans un journal. Accordez leur juste valeur aux photographies en les regardant sous une bonne lumière.

Roy Jenkin

 Photo 1. Vacances à bicyclette 1953.
Photo 1. Vacances à bicyclette 1953.

par Roy Jenkin, 21 ans, diplômé de University College, Exeter, et Gordon Newbery, 20 ans, étudiant à St. Peter's Hall, Oxford. Tous deux ayant fait leurs études à Exeter School.

Cette histoire a en fait commencé en janvier 1953, quand j’ai suggéré à Gordon que nous partions ensemble en vacances à bicyclette. A l’époque, je pensais faire le tour du littoral de Grande-Bretagne, mais Gordon souhaitait aller à l’étranger, et il m’a communiqué son enthousiasme. Pendant les vacances de Pâques, nous avons étudié divers itinéraires et considéré plusieurs plans, et en fait, l’itinéraire que nous avons suivi a été pratiquement celui que nous avons planifié avec seulement une carte d’atlas scolaire.

En juin, après mes examens de licence, je suis parti en bicyclette à Oxford un weekend, pour voir Gordon, et nous sommes ensuite revenus ensemble à Exeter. Nous avons acheté deux cartes, couvrant les parties nord et sud de la France, avec une échelle de 16 miles par pouce. Ultérieurement, nous en avons acheté une plus détaillée quand nous nous sommes aventurés hors de la carte principale. Avec cette méthode, nous n’avons eu aucun problème de navigation.

Nos bagages, comprenant nos sacs de couchage, trousses de toilette et matériel à raser, vêtements de rechange, réchaud de camping, carburant, et batterie de cuisine, nourriture et boisson, pièces de rechange pour les bicyclettes, assiettes, tasses et couverts, trousse à pharmacie, cartes, boussoles, appareils photo, pellicule, et capes imperméables .... (Et à l’étage! moquette, tissus d’ameublement, mobilier ...) Plus de 350 articles en tout, ont voyagé sur le guidon et dans les sacoches latérales et arrière.

Lundi 6 juillet

Le Lundi 6 juillet 1953, nous nous sommes levés à 3 heures 30 du matin, après juste 2 heures ¾ de sommeil. Gordon dormait chez moi, à South Avenue, Exeter. Ma sœur Doreen nous a réveillé et a préparé notre petit déjeuner. ELLE avait décidé (!) que nous devions nous mettre en route à 5 heures du matin, mais en fait, nous sommes partis précisément à 6 heures. Nous avions 58 miles à couvrir pour aller prendre le bateau de 13 heures à Weymouth. Il faisait gris. Notre itinéraire passait par Honiton, Axminster, Charmouth, et Bridport. Le crachin s’est mis à tomber à Honiton, et la visibilité était médiocre. Il y avait aussi du vent, ce qui a rendu le voyage plus pénible. Les collines du Dorset ont été toute une épreuve, on les montait à pied, on les descendait en vélo, montée à pied, descente en vélo, montée à pied,.... et ainsi de suite pendant tout le trajet. Nous avons atteint le quai de Weymouth à midi et demi et avons acheté nos billets. Ils ne voulaient pas prendre nos bicyclettes à bord et si nous n’avions pas protesté, à 13 heures 1, le bateau serait parti sans nous. Sur le "St Patrick", il y avait foule et le navire manquait de confort. Il n’y avait pas assez de sièges, il ne restait plus rien au kiosque, et il fut fermé de bonne heure. La mer était agitée et le vent était froid. Comme il y avait beaucoup de brume, on ne pouvait rien voir, et ainsi, ce voyage de 7 heures ¾ fut fort ennuyeux. Le bateau fit escale à St. Peter Port, Guernesey, à 17 heures 45 puis continua vers Jersey, arrivant à St-Hélier à 20 heures 45, avec une heure de retard.

 Photo 2. Départ d’Exeter.
Photo 2. Départ d’Exeter.

<p>Photo 3. Nous filons hors du port de Weymouth.</p>.
Photo 3. Nous filons hors du port de Weymouth.

<p>Photo 4. Le dernier lien avec l’Angleterre est rompu.</p>

Photo 4. Le dernier lien avec l’Angleterre est rompu.

 Photo 5. Au large du bout de la jetée.
Photo 5. Au large du bout de la jetée

 Photo 6. Adieu, intempéries anglaises!.
Photo 6. Adieu, intempéries anglaises!

Photo 6. Adieu, intempéries anglaises!

Nous nous sommes renseignés et on nous a confirmé que le bateau pour St-Malo partirait le lendemain à 7 heures 30. Nous avons mangé des œufs-frites dans un snack-bar, puis fait un tour à pied dans St-Hélier. Nous ne pouvions pas nous servir de nos bicyclettes car nous n’avions pas de permis bicyclette. Nous avons demandé à un chauffeur de taxi s’il connaissait un bon endroit où camper, et il nous a suggéré ‘Mount Bingham’, sur le côté Est du port. Nous l’avons remercié et avons suivi le chemin qu’il nous avait indiqué.

Nous avons trouvé un endroit où dormir, avec de l’herbe touffue et à l’abri du vent, bien que celui-ci s’était calmé et qu’il faisait bon. Pour ce voyage, nous n’avions pas amené de tente, seulement des sacs de couchage, avec un ‘sac à viande’, une couverture légère et des bâches imperméables pour le dessus et le dessous. Nous avons bien dormi, et une pluie légère nous a réveillé en douceur à 4 heures du matin. Nous étant couvert la tête, nous avons dormi jusqu’à 5 heures, puis nous nous sommes levés et avons passé une heure à chercher de l’eau pour faire du thé, mais en vain. Après avoir mangé des gâteaux pour notre petit déjeuner, nous avons pris le bateau de 7 heures 30 à destination de St-Malo, le "Brittany", propriété de British Railways. Les passagers comprenaient de nombreux excursionnistes et une vache.

Une fois de plus, la traversée nous a semblé plutôt longue, mais le temps s’est relevé près de la côte française, et nous avons accosté à St-Malo à 10 heures 45 sous un soleil radieux. La queue était longue pour faire tamponner son passeport, et après un petit contretemps à la douane, nous avons mis les pieds en France. Sans oublier (la plupart du temps) de rester sur le côté droit de la route, nous avons pédalé jusqu’au centre-ville. Nous avons alors acheté du pain et des oranges, puis mangé du pain et du fromage, assis sur la digue, en regardant les gens et la circulation passer. (Les conducteurs français ne traînent vraiment pas!)

 Photo 7. Notre camp sur ‘Mount Bingham’, Jersey.
Photo 7. Notre camp sur ‘Mount Bingham’, Jersey

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Photo 8. St. Peter Port, Guernesey.

Photo 9. Le 'Brittany' à St-Hélier, Jersey. Cette
photo a été prise comme nous entrions au port. Le
lendemain, nous étions à son bord vers St-Malo.
Photo 9. Le "Brittany" à St-Hélier, Jersey. Cette photo a été prise comme nous entrions au port. Le lendemain, nous étions à son bord vers St-Malo.

 Photo 10. Première fois que nous voyons la France et son
soleil.
Photo 10. Première fois que nous voyons la France et son soleil.

Photo 11. St-Malo, du bassin intérieur. La reconstruction
va maintenant bon train car 75% de la ville a été
endommagée pendant la guerre, par les bombardements, les
pilonnages d’artillerie et la pyromanie allemande. Les
ramparts de la vieille ville, vus sur la gauche, ont
été reconstruits.
Photo 11. St-Malo, du bassin intérieur. La reconstruction va maintenant bon train car 75% de la ville a été endommagée pendant la guerre, par les bombardements, les pilonnages d’artillerie et la pyromanie allemande. Les ramparts de la vieille ville, vus sur la gauche, ont été reconstruits

Dans un café à St-Malo, nous avons pris notre première citronnade glacée, boisson très rafraîchissante. Nous sommes allés nous baigner, puis avons étendu nos sacs de couchage pour qu’ils sèchent. Le temps devenait gris, mais la brise était tiède. Nous avons quitté St-Malo à 16 heures, continuant vers le sud sur la route nationale 137. Dans la plupart des régions de France, les routes sont excellentes, à part les pavés de pierre dans les villes et villages. Il y avait de nombreuses "mobylettes", car il n’y a pas besoin de permis pour les conduire en France. Nous avons remarqué les charges énormes que portent les français sur leurs cycles. Nous avons vu une femme avec, sur son porte-bagage, une caisse ressemblant à un coffre à thé, et un homme qui transportait une commode!

<p>Photo 12. Le village de St-Domineuc, Bretagne (vu du Nord). Le
soir.</p>.
Photo 12. Le village de St-Domineuc, Bretagne (vu du Nord). Le soir.

Après avoir mangé, nous avons voulu acheter des pommes de terre, mais n’en avons trouvé dans aucun magasin. D’où cette question que nous n’oublierons jamais: "où pouvons-nous acheter des pommes de terre?" Nous avons réussi à en acheter, puis nous nous sommes arrêtés au bord d’un canal près du village de St-Domineuc. Nous avons cuit notre souper, sortis nos sacs de couchage, et la nuit est tombée. Nous avons entendu des grenouilles coasser, et vu des vers luisants. Puis, la pluie s’est mise à tomber. Comme elle tombait plus fort, nous avons décidé de chercher un abri pour la nuit. Le seul endroit qui semblait convenir était le porche de l’église. Nos capes sur le dos, nous nous sommes traînés vers la route. Alors, nous avons trouvé une cabane en bois, sur la rive du canal. Elle était ouverte à l’air libre du côté du canal, mais avec un toit en auvent. Le sol était une plate-forme de bois qui s’étendait au-dessus du canal, sur une largeur d’environ 3 pieds, positionné 2 pouces au-dessus du niveau de l’eau. En fait, cette cabane était le lavoir du village, où les femmes viennent faire la lessive.

 Photo 13. St-Domineuc (vu du Sud). Le matin..
Photo 13. St-Domineuc (vu du Sud). Le matin.

 Photo 14. Moi et un gendarme, Rennes.
Photo 14. Moi et un gendarme, Rennes

Photo 14. Moi et un gendarme, Rennes.

<p>Photo 15. Scène de rue, Rennes. Notez le sifflet du
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Photo 15. Scène de rue, Rennes. Notez le sifflet de gendarme.

Ainsi, la première nuit que nous avons passé en France, nous avons dormi 2 pouces au-dessus de l’eau, et seulement à un pied du bord. Les planches étaient dures, mais au moins, nous étions au sec. Le 8 juillet (le jour de l’anniversaire de Gordon, nous nous sommes réveillés à 5 heures du matin, nous nous sommes habillés, avons frit du bacon et du pain, et bouilli des pommes de terre. Nous nous sommes lavés et rasés dans le canal, l’eau était chaude. Nous nous sommes mis en route à 9 heures, et avons atteint Rennes à 11 heures 40. Nous y avons acheté de la crème locale, de la nourriture et le journal "Continental Daily Mail". Nous avons déjeuné sur une place, finissant notre festin avec un verre de "vin rouge" dans un café (4 anciens pence). Nous avons acheté du fromage et le commerçant nous a demandé comment étaient les conditions de vie en Angleterre, en particulier la nourriture. Nous avons goûté notre première "pâtisserie". Très bon, mais cher. Nous avons envoyé des cartes chez nous. Les tarifs postaux français sont élevés: Lettres pour l’étranger 8 pence, Cartes postales pour l’étranger 5 pence, Lettres pour la France 4 pence.

Les cartes postales illustrées sont vendues 4 pence ou 6 pence chacune, et notre note commune pour les cartes et l’affranchissement durant ces vacances s’est montée à presque 2 livres sterling.


Photo 16. Rennes.

<p>Photo 17. Embouteillage (Nantes). Cette photo a vraiment besoin
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Photo 17. Embouteillage (Nantes). Cette photo a vraiment besoin d’une bande sonore!

<p>Photo 18. Un autocar de campagne. Notez les bicyclettes sur le
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Photo 18. Un autocar de campagne. Notez les bicyclettes sur le toit.

Dans la petite ville de Bain-de-Bretagne, nous avons rencontré un jeune français qui parlait bien anglais. Il nous a invité à boire du cidre dans un café, et nous avons eu une discussion assez intéressante. Ce français nous a expliqué que son travail était de "tâter l’opinion des gens". Il allait voir les femmes au foyer et leur posait des questions sur leurs tabliers et de nombreux autres produits. Ces enquêtes sont requises par les fabricants drapiers. Un litre de cidre fut consommé, coûtant seulement 5 pence. De temps à autre dans la journée, nous nous arrêtions pour nous désaltérer et déguster le cidre breton. Il coûte seulement 5 francs (1 shilling ¼) la bolée (tasse en faïence aux bords évasés). Dans un des cafés, nous avons vu une superbe petite pompe en laiton d’où coulait le cidre doux quand on tournait la poignée. Gordon aurait bien voulu en ramener une à la maison! Cette nuit-là, nous avons campé dans un bois, au bord de la rivière. Le lendemain, nous nous sommes réveillés à 5 heures 30, mais comme d’habitude, les préparatifs pour le départ nous ont retardé jusqu’à presque 10 heures. Le soleil brillait, et nous avions mal aux bras à cause de nos coups de soleil. A Nozay, à midi, nous avons chacun acheté une petite boule de pain. Nous avons atteint Nantes à 15 heures, après une demie-heure d’attente, pendant laquelle Gordon a dû faire demi-tour pour récupérer son couteau de poche. Nous avons pris un déjeuner tardif dans un café. Beaucoup de cafés ont une notice indiquant "Ici, on peut apporter son manger", et nous avons mangé une miche de pain entière, du fromage et bu un litre de cidre.

Photo 19. Dans une pâtisserie (confiserie).
Photo 19. Dans une pâtisserie (confiserie).

 Photo 20. Calvaire typique de Bretagne.
Photo 20. Calvaire typique de Bretagne.

 Photo 21. L’église à Tinténiac (Ille
et Vilaine).
Photo 21. L’église à Tinténiac (Ille et Vilaine).

 Photo 22. L’église à Derval, Loire
Inférieure.
Photo 22. L’église à Derval, Loire Inférieure.

 Photo 23. On écrit à la famille!
Photo 23. On écrit à la famille!

 Photo 24. Le tour de France.
Photo 24. Le tour de France.

Les courses cyclistes sont extrêmement populaires en France, l’événement le plus important de l’année étant le "Tour de France". C’est un marathon cycliste qui dure 25 jours, couvre plus de 2800 miles sur les grandes routes françaises, et environ 150 concurrents y participent. Jusqu’à 220 miles peuvent être couverts en une journée, bien que dans les montagnes, 120 soit plutôt la norme. Pour nous, toutefois, la partie la plus intéressante était la procession de véhicules publicitaires, la plupart ayant des klaxons à musique diverse, qui défilaient dans les rues pendant une bonne demie-heure, avant le passage des coureurs.

 Photo 25. L’estafette publicitaire de Bitavrill.
Photo 25. L’estafette publicitaire de Bitavrill.

 Photo 26. La publicité pour le film 'Tarzan'.
Photo 26. La publicité pour le film "Tarzan".

 Photo 27. Une pub pour un journal.
Photo 27. Une pub pour un journal.

Ces véhicules faisaient la publicité de tout, de l’encre Waterman au Dubonnet (DUBO...DUBON... DUBONNET, l'apéritif). La foule s’est très bien comportée, mais suite au passage du tour, il y a eu un embouteillage monstre. Nous n’oublierons jamais les coups de klaxon, les cloches de tramway, et les sifflets de police. Nous avons déambulé dans la ville, parmi la foule, admiré un affichage publicitaire pour le nouveau rouge à lèvres "Stop" (chanté sur l’air de "Sugar Bush"), visité la cathédrale, puis nous sommes repartis.

 Photo 28. 'Le voici .....'
Photo 28. "Le voici ....."

 Photo 29. .... le favori ....
Photo 29. .... le favori ....

Photo 30. ... qui ne l’est plus!
Photo 30. ... qui ne l’est plus!".

Dans les faubourgs, nous nous sommes arrêtés pour écrire nos cartes postales, et un jeune nous a addressé la parole. Il nous a demandé nos autographes et je regrette de dire que nous sommes devenus soupçonneux, donc nous avons mal orthographié nos noms exprès, par précaution. Cependant, nous n’avons pas entendu reparler de cette histoire. Nous avons visité une grande église dans le village d’Aigrefeuille, puis nous avons campé dans le coin d’un champ. Nous avons cuit des œufs à la coque et bouilli des pommes de terre, et fait du thé. Comme d’habitude, nous nous sommes endormis à la tombée de la nuit.

Nous nous sommes réveillés tôt. Je suis allé au village chercher de l’eau, mais il n’y en avait nulle part, donc nous n’avons pas pu boire notre tasse de thé matinale! Nous avons fait des œufs au plat et des pommes de terre sautées, et avons mangé cela avec du pain. Pendant ce temps, un troupeau de vaches avait été amené au champ.

Pendant la matinée, nous avons fait un arrêt pour boire un café au lait dans un pittoresque café de village. La boisson a été préparée spécialement pour nous et on nous a servi ce café dans de grands verres.

Dans le village de Belleville-sur-Vie, en Vendée, nous avons rencontré un paysan français, qui a fait des commentaires sur le soleil ardent. (Ce qui prouve qu’il n’y a pas que les anglais qui parlent du temps). Il nous a invité chez lui pour boire un pot. La pièce principale était d’un style dépouillé, avec une grande cheminée, mais à côté se trouvait une cuisinière électrique dernier cri. Toutes les maisons, ou du moins celles qui se trouvent au bord de la grand-route, ont l’électricité, mais souvent n’ont ni le tout-à-l’égout, ni l’eau courante. Le reste du mobilier comprenait une petite table, deux chaises, et une superbe machine à coudre électrique rangée dans son meuble! Sur le dessus de la cheminée, se trouvait une pendule comme celles qu’on trouve dans les chambres d’enfant, avec un cadran décoré et une figure oscillante. L’extérieur de la maison, ainsi que ses occupants, peuvent être vus sur la photo. Ils nous ont donné du vin rouge, le meilleur que j’ai jamais goûté, et ont insisté pour nous resservir deux fois. Je suis persuadé que c’est par pur hazard (ou par habitude) que j’ai tenu l’appareil photo droit pour prendre cette photo. Nous les avons remerciés, promis de leur envoyer un tirage, puis avons continué vers l’autre extrémité du village (sans tomber de vélo, et sans nous rentrer dedans!). Il était midi et nous avons décidé d’étendre nos sacs de couchage sur la berge herbeuse, dont la largeur était parfaite, afin de les faire sécher. Nous nous sommes alors endormis, sans nous réveiller pendant deux heures, malgré le soleil éclatant! Nous avons ensuite fait quelques réparations, puis avons continué jusqu’à La Roche-sur-Yon. C’est une ville aux rues larges, à l’aspect très méridional. Nous sommes allés à la banque, car nous n’avions presque plus d’argent liquide, mais elle était fermée. Nous avons décidé de tenter de nouveau notre chance dans une autre ville.

Continuant vers le sud, nous avons acheté un concombre dans la prospère petite ville de Mareuil. Mon porte-sachoche m’a alors causé des problèmes quand un écrou de fixation s’est cassé net, le détachant des fourches. Nous avons vu des charrues tirées par des bœufs, qui travaillaient dans les champs. Nous avons aussi remarqué que pas mal de gens portaient des sabots.

 Photo 31. M. et Mme. Bellandeau, devant leur maison.
Photo 31. M. et Mme. Bellandeau, devant leur maison.

Photo 32. Une équipe de 4 bœufs tirant une charrette
de foin dans une côte, à Maremil, Vendée. Une
autre équipe avec charrette pleine suivait
immédiatement derrière.
Photo 32. Une équipe de 4 bœufs tirant une charrette de foin dans une côte, à Maremil, Vendée. Une autre équipe avec charrette pleine suivait immédiatement derrière.

Nous avons continué jusqu’à Luçon, où nous avons garé nos bicyclettes pour aller visiter la cathédrale. A notre retour, nous avons découvert que notre concombre n’était plus là, mais heureusement, rien d’autre ne manquait. Nous avons dormi dans un champ hors de la ville, après avoir mangé une soupe à la tomate pour notre souper. Nous avons dormi jusqu’à 6 heures 30, puis avons poursuivi notre route jusqu’à La Rochelle, avec un vent contraire très fort. Nous avons vu nos premiers feux de signalisation français, similaires aux feux anglais, sauf qu’il n’y a pas de passage du rouge à l’orange, la séquence étant vert, orange, rouge, vert. J’ai acheté une pellicule photo et j’ai été surpris de découvrir qu’elle coûtait 25% plus cher que chez nous, en dépit de notre taxe à l’achat. A La Rochelle se trouve une base navale américaine, et les rues bordées d’arcades sont pleines de troupes américaines qui ont quartier libre.

 Photo 33. La cathédrale de Luçon,
Vendée.
Photo 33. La cathédrale de Luçon, Vendée.

 Photo 34. La Tour St-Nicolas, La Rochelle, Charente
Inférieure.
Photo 34. La Tour St-Nicolas, La Rochelle, Charente Inférieure.

Gardant l’entrée du port de La Rochelle se dressent deux tours, dont l’une figure sur la photo. Celle-ci illustre également une méthode de pêche originale. Le filet pend d’un fil métallique qui passe par dessus une poulie à l’extrémité d’un long bras, et on l’enroule en tournant une manivelle située dans le bateau.

Non loin de La Rochelle, nous avons visité une station balnéaire à la mode, Chatelaillon, et déjeuné – d’une miche de pain avec du fromage et des tomates – assis sur un banc devant un hôtel grand standing! Nous avons tenté notre chance au syndicat d'initiative, mais cela n’a pas été possible de toucher des chèques de voyage. Le monsieur parlait un mauvais anglais, ce qui nous a évité d’avoir à utiliser notre mauvais français! Nous commencions à manquer d’argent, avec seulement 11 shillings 6 pence entre nous, devant durer trois jours! Les banques étaient fermées à cause du 14 juillet. Deux fois aujourd’hui, nous avons rencontré un jeune cycliste qui faisait un pélerinage de 600 miles à Lourdes, dans les Pyrénées.

 Photo 35. Pont transbordeur, Martrou, Rochefort.
Photo 35. Pont transbordeur, Martrou, Rochefort.

 Photo 36. Marché à ciel ouvert du village de
Laorignac, Charente Inférieure.
Photo 36. Marché à ciel ouvert du village de Laorignac, Charente Inférieure.

A Rochefort, nous avons dû traverser le fleuve Charente sur un pont transbordeur. C’est un portique en acier, d’environ 150 pieds de haut, qui enjambe le fleuve. Le pont, sur lequel les véhicules et les passagers effectuent la traversée, est une plate-forme suspendue par des câbles depuis un chariot transporteur qui se déplace le long de la partie supérieure du portique.

En fin d’après-midi, nous sommes tombés sur un boucher qui faisait sa tournée dans la campagne, de maison en maison, dans sa vieille camionnette. Nous avons essayé de lui acheter de la viande. Nous avons demandé 200 grammes, et le vieux a acquiescé. Puis, il a coupé un morceau de 500 grammes, et a essayé de nous faire payer tout çà. Cependant, nous n’étions pas prêts à marcher dans la combine, donc nous lui avons dit: "200 grammes ou rien". Sur quoi il m’a pris par l’épaule et a commencé à parler à toute vitesse, finissant par "... tu a compris?". Ma réponse immédiate a été "Non", et il a alors entamé un autre long sermon, qu’il continuait toujours à vociférer fortement, comme il s’éloignait dans sa camionnette! La dame de la petite maison, qui avait suivi la conversation, nous a dit qu’il était un peu "cinglé", et a offert de nous vendre des œufs. Nous avons accepté avec joie.

 Photo 37. Petite gare française typique.
Photo 37. Petite gare française typique.

 Photo 38. Passage à niveau d’Europe
continentale.
Photo 38. Passage à niveau d’Europe Continentale.

Cette nuit-là, nous avons trouvé des lits très confortables, dans un creux bien herbu en bordure de route, avec un petit ruisseau d’eau claire à proximité. Dimanche 12 juillet: Nous nous sommes levés à 6 heures 30. Pour le petit déjeuner, nous avons mangé des œufs sur le plat et des vermicelles (ce qui était un changement par rapport à notre ordinaire). Une pluie fine commençait à tomber, mais nous nous sommes mis en route. Nous avons vu des "reflets d’arbres", formés par la pluie, sur la route. Au Gua, nous avons dépassé la vieille camionnette du boucher. Nous avons parcouru neuf miles, puis une forte pluie s’est mise à cingler. Nous nous sommes abrités contre un mur. Le vent de l’Atlantique et le temps du golfe de Gascogne ont maintenu leur vigueur le reste de la journée, et ainsi, nous avons trouvé une charrette pleine de foin dans une grange, et avons obtenu la permission de nous en servir. Nous avons dormi toute l’après-midi, puis, le soir, nous sommes allés à pied au village de Saujon pour acheter des choses, y compris de l’essence pour notre petit réchaud de camping pressurisé qui a toujours soif, mais qui travaille dur. Les gens de la ferme étaient très sympathiques, ils sont venus nous parler, et nous ont laissé utiliser une vieille voiture bonne pour la casse pour protéger notre réchaud du vent. Nous avons mangé des pommes de terre au fromage fondu et bu du thé. Malheureusement, notre pain était inmangeable, ayant été exposé aux intempéries. Nous avons eu une merveilleuse nuit de sommeil, chaude et confortable, sur le foin fraîchement coupé.

Nous nous sommes réveillés à 6 heures 35, et avons mangé des œufs sur le plat et des pommes de terre sautées dans la vieille voiture. Pendant que nous roulions à vélo, un gros insecte marron a volé dans la chemise de Gordon et l’a piqué sur la poitrine, mais heureusement, il n’en a pas souffert par la suite.

 Photo 39. La vieille voiture, vue du tas de foin.
Photo 39. La vieille voiture, vue du tas de foin.

 Photo 40. Place Gambetta, Bordeaux. Notez les longs pains que
tient Gordon.
Photo 40. Place Gambetta, Bordeaux. Notez les longs pains que tient Gordon.

A Mirambeau, la dame de la boulangerie était très intéressée par l’Angleterre. Elle a voulu voir des pièces de monnaie anglaises, et nous a dit que le film du Couronnement allait être projeté la semaine suivante. Elle a dit à Gordon qu’il parlait très bien français. Nous avons alors filé sur Bordeaux, en passant par Blaye, parcourant 85 miles en tout ce jour-là, y compris 30 miles en 2 heures. Nous avons acheté deux pains et des pommes de terre juste avant Bordeaux, puis avons atteint la poste à 18 heures 45.

Place Gambetta, nous nous sommes assis pour nous reposer les jambes. Peu après,une vieille dame s’est approchée, collectant l’argent pour l’utilisation des chaises. Quand elle a appris que nous étions anglais, et qu’elle a vu que tous les sièges gratuits étaient pris, elle nous a permis de rester assis sans payer.

Quand ils donnent un nouveau nom à une rue, les français ont l’habitude de lui donner le nom d’un homme célèbre, le plus populaire étant sans aucun doute Gambetta, Jean Jaurès étant deuxième, juste derrière. Bordeaux m’a semblé être très similaire à Londres, comme je me tenais sur un pont similaire au pont de Waterloo, près d’une artère semblable à Embankment, observant, de l’autre côté du fleuve, les entrepôts se dressant en face, et plus en retrait de la rivière, les banques, les grands immeubles de bureaux, les "Leicester Squares" occasionnels; de plus la circulation dense accentuait cette ressemblance, bien que les rues soient plus larges et les bâtiments plus propres. Nous avons dormi dans le foin dans la grange illustrée ci-contre; Le fermier a été très obligeant.

 Photo 41. La course cycliste, le 14 juillet, vue d’un
café.
Photo 41. La course cycliste, le 14 juillet, vue d’un café.

Photo 42. L’hôtel de Bordeaux, agréé
REG ('Roy et Gordon'). Notez l’échelle pour monter
dans la chambre.
Photo 42. L’hôtel de Bordeaux, agréé REG ("Roy et Gordon"). Notez l’échelle pour monter dans la chambre.