Le journal original de Roy (2/4)

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© 2003 Nina Jenkin.

Mardi 14 juillet

Nous nous sommes levés à 7 heures et avons découvert que notre réchaud, bidon d’essence, tasses, lait en boîte et casserole, avaient disparu du champ où nous les avions laissés après souper. Ce que nous avions pensé être un chemin fermier à travers champ, au crépuscule, était en fait une route secondaire française. Nous étions contents de ne pas y avoir aussi laissé nos vélos. Ce qui nous a alors bien amusé a été de lire dans la notice pour le réchaud: "Tous les campeurs apprécieront la construction en une seule pièce du ‘Fury Petrol Stove’, car il n’y a aucune pièce ou attachement qui risque d’être égaré ou perdu "! Comme c’était un jour férié, il y avait peu de magasins ouverts, et de toutes façons, il ne nous restait plus que 3 shillings 6 pence. Nous avons mangé du pain et bu de l’eau pour notre petit déjeuner, en reprenant la même chose pour le déjeuner.

Des courses cyclistes sont organisées les jours fériés. Ce soir-là, les gens se sont mis sur leur trente-et-un, et ils ont dansé dans les rues du village. A cause du drapeau britannique qui flottait sur mon guidon, une petite voiture Renault s’est arrêtée près de nous durant l’après-midi, et un prêtre catholique est venu nous parler. C’était un irlandais, desservant une paroisse des environs. Il nous a donné des conseils sur les prix à payer pour les fruits et autres denrées, et nous lui avons raconté nos ennuis.

Il nous a aidé en changeant de l’argent pour nous, ce, à un taux très avantageux. Commentant sur le niveau de la vie dans le voisinage, il nous a dit en plaisantant: "Le français ne se lave qu’une seule fois dans sa vie, la veille de son mariage!" Ce soir-là, nous avons fait un feu de camp, le seul de nos vacances, et nous avons cuit des pommes de terre à l’eau dans une gamelle. Nous avons ensuite fait un peu de route, puis campé dans un champ de foin coupé, près d’Agen. Le lendemain, nous nous sommes lavés et rasés dans un ruisseau en bas du champ, et avons rencontré un vieil homme venu de la ferme. Il était très bavard, bien que nous ayons eu du mal à comprendre son accent méridional. C’est un son nasal (comme dans les mots loin, maintenant). La façon dont il a exprimé ses sentiments nous a amusés, et c’est une chose que nous avons remarqué pendant tout notre voyage. "La Reine" , a-t-il déclaré, puis il a applaudi, "Truman", a-t-il dit ensuite, en faisant mine de donner un coup de pied. Comme nous étions sur le point de partir, il nous a donnés six pêches. Nous avons mis peu de temps à atteindre Agen, ville agréable, pas trop grande, mais vivante et intéressante.

Photo 43. Péniche sur le Canal du Midi.
Photo 43. Péniche sur le Canal du Midi.

Nous avons touché un chèque de voyage et acheté quelques "produits de luxe", comme des gâteaux secs et du chocolat. Les gâteaux secs ont coûté environ 2 shillings 6 pence la livre, le chocolat 1 shilling 6 pence le quart de livre, et dans la région à cette saison-là, les prunes, seulement 2 pence la livre et un penny pour 4 pêches. Nous avons trouvé un magasin du même genre que "Marks and Spencer", ce qui nous a donné le mal du pays! Nous avons acheté un réchaud à alcool pour 6 shillings. Puis nous avons continué notre voyage, nous arrêtant pour déjeuner près d’un canal, où nous avons lu un journal français. Nous étions dans une large vallée, avec un vent favorable qui nous poussait dans les côtes. Le soir, à Moissac, nous avons vu l’ancienne abbaye et rencontré trois gars, étudiants à Cambridge, qui poursuivaient leur route à bicyclette dans l’autre sens. Peut-être à cause du fait que Gordon étudie à Oxford, ils se sont montrés très distants à notre égard. Nous avons campé en bordure d’un champ de maïs, vu ci-dessus, puis cuit des œufs sur le plat et des pommes de terre à l’eau sur notre nouveau réchaud. Il chauffait bien, mais consommait beaucoup. Durant la nuit, Gordon a vomi. Il a attribué cela aux pêches, mais je pense que c’était probablement dû aux pêches + chocolat + fromage + prunes + gâteaux secs + œuf sur le plat + vin.

Le lendemain, il faisait très chaud, sans un nuage dans le ciel. Nos casquettes à visière en coton se sont avérées indispensables, bien qu’elles s’envolent de temps à autre. Une femme qui passait, comme nous prenions notre petit déjeuner, nous a souhaité "Bon appétit". A 13 heures, nous nous sommes arrêtés sous un pont au bord du canal. Nous avons lavé quelques vêtements, et Gordon s’est baigné. Il faisait tellement chaud que nous sommes restés là jusqu’à 6 heures du soir. Gordon a rencontré une jeune française et son frère qui étaient professeurs d’anglais. Nous avons acheté de l’huile de cuisson, "Huile d'Arachide", dans un magasin du village dont la propriétaire nous a garanti qu’elle était "sans goût". Elle nous donné un petit gâteau chacun en échantillon. Nous nous sommes arrêtés pour la nuit près d’une maison en ruine dans un champ, à proximité d’une gare de triage. Il y avait des projecteurs et les manœuvres d’aiguillage ont duré toute la nuit. Dans cette partie de la France, la plupart des trains sont électriques. Nous avons de nouveau cuit des vermicelles, mais cette fois en n’utilisant pas suffisamment d’eau et cela a donné une bouillie collante immangeable. Nous avons cuit des œufs sur le plat dans l’huile neuve. Nous avons observé le coucher de soleil le plus étrange qui soit, puis dormi sur du trèfle, en ne nous réveillant qu’à 8 heures 55. Le ciel était complètement couvert. Nous avons mangé du chocolat pour le petit déjeuner, puis pédalé jusqu’à Toulouse, où nous avons alors laissé nos vélos à la consigne de la gare ferroviaire.

Photo 44. Roy prépare le souper.
Photo 44. Roy prépare le souper.

Photo 45. Basilique de Saint-Servin, Toulouse.

Photo 45. Basilique de Saint-Servin, Toulouse.

A Toulouse, nous nous sommes promenés dans le plus grand marché en plein air que nous ayons jamais vu, avec deux rangées d’étals de chaque côté de la grand-rue, sur au moins un mile. Nous avons dégusté notre premier repas français au "Restaurant d'Orléans", près de la gare. Ce repas à duré 1 heure et demie. Le menu comprenait: Hors d'oeuvre: Sardines pomme à l'huile (sardines aux olives, pain-beurre)

Plat de viande: Pâté de porc garni et pommes frites

Légumes: Petits pois au jambon

Dessert: Banane

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Le vin rouge était également inclus.

Le prix de ce festin était seulement 250 fr. (5 shillings). Il est extrêmement difficile de trouver un repas en France pour moins de 250 fr., mais au-dessus de ce prix, le repas est toujours d’un meilleur rapport qualité-prix par rapport à l’Angleterre. Chaque plat est servi et mangé séparément, ainsi, la viande et les légumes ne sont pas mélangés. Les aliments sont apportés à table dans un plat, et les mêmes couteaux, fourchettes et assiettes sont utilisés pour les trois premiers plats, avec des couverts propres pour le dessert. Le pourboire, soit 10% du prix, est habituellement inclus sur l’addition. Pendant le repas, un vieil homme en habit arabe a essayé de nous vendre des souvenirs, des montres et autres bricoles. En sortant de Toulouse, nous avons rencontré un écossais qui faisait du stop. Il nous a fait adopté son l’habitude de boire du lait, ce que nous avons continué à faire pendant le reste de notre voyage.

Nous avons poursuivi notre chemin vers le sud, nous arrêtant vers 6 heures 30 pour un casse-croûte de lait, gâteau et beurre, que nous avons mangé assis sur un banc près d’un monument aux morts. Plus tard, nous nous sommes arrêtés pour la nuit dans un champ de chaume près d’une petite cabane en pierre. Nous avons cuit des œufs sur le plat et fait des frites, puis fait du thé dans la cabane. (Notez la variété de notre menu au souper!) J’ai dû remplacé deux rayons après les avoir serrés.

Nous nous sommes réveillés à 7 heures 30 et avons mangé de la purée de pommes de terre, des œufs sur le plat et du pain et du beurre pour le petit déjeuner.

Photo 46. Le jeu de
Photo 46. Le jeu de "boules" ou pétanque, est très populaire en France, surtout dans le sud. Bien que le but du jeu, lancer sa boule le plus près possible du cochonnet, soit similaire à celui des boules anglaises, étant donné qu’il se joue sur un terrain plus accidenté, l’élément de hasard est plus grand.

Le vent et l’escarpement jouaient maintenant tous deux en notre faveur et après avoir parcouru 40 km en 2 heures, nous avons atteint Carcassonne. De nouveau, nous avons laissé nos vélos à la gare. L’homme de la consigne insistait pour que nous payions en plus pour chacune de nos sacoches, mais finalement, il a capitulé.

Nous avons ensuite déjeuné dans un restaurant recommandé par les étudiants de Cambridge. Une fois de plus, c’était très bon, surtout le steak saignant et tendre, qui faisait un demi pouce d’épaisseur. J’ai dû abandonner sans finir le dernier plat.

Photo 47. Dans Carcassonne.
Photo 47. Dans Carcassonne.

Photo 48. Carcassonne, la vieille ville.
Photo 48. Carcassonne, la vieille ville.

Photo 49. Dans Carcassonne.
Photo 49. Dans Carcassonne.

Nous nous sommes promenés dans la vieille ville de Carcassonne. C’est une célèbre cité médiévale entourée de remparts et avec 50 tours conservées, ou plutôt restaurées, dans leur style du 15ème siècle. Les photos les décrivent bien mieux que les mots.

Le soir, nous avons continué notre route, nous arrêtant dans un village pour le lait. Nous nous sommes arrêtés pour la nuit sur un sol sablonneux, le large lit d’une rivière qui n’est qu’un petit filet d’eau en été. Nous avons mangé un excellent souper de frites, œufs et tomates frites. Nous avons fait notre cuisine dans un fossé afin d’abriter notre réchaud du vent.

Photo 50. Gordon à Carcassonne.
Photo 50. Gordon à Carcassonne.

Photo 51. Béziers, Eglise St-Nazaire.
Photo 51. Béziers, Eglise St-Nazaire.

Nous étant levés à 8 heures, nous avons fait une omelette au jambon et de la purée. C’était une belle journée ensoleillée. A Narbonne, nous avons vu la cathédrale. Il ne restait plus rien dans les boulangeries. A Béziers, nous avons acheté un "Perrier", boisson dont nous avions vu la publicité partout. En fait, ce n’est rien d’autre que de l’eau gazeuse. Au prix d’1 shilling 3 pence, cela aurait été meilleur marché d’avoir acheté une cuillerée d’Andrews!

A Agde, nous avons atteint la mer Méditerranée, après tout juste deux semaines de vacances.

Photo 52. La plage à Sète.
Photo 52. La plage à Sète.

Photo 53. Lever de soleil sur Sète.
Photo 53. Lever de soleil sur Sète.

Nous nous sommes baignés sur une plage qui faisait bien 8 miles de long, on n’en voit que la moitié sur la photo. Nous étions plutôt déçus, l’eau semblait à peine plus chaude ou plus bleue que la Manche (le prêtre irlandais nous avait dit que l’été avait été relativement frais) et l’absence de vagues et de marée rendait la baignade quelque peu ennuyeuse.

[1955 NOTE: Nous avons découvert depuis que ces premières observations étaient anormales, la mer est plus chaude et plus bleue que les eaux plus au nord. Les plages de galets, et non les longues plages de sable sont de norme dans l’Est, c’est à dire sur la Côte d’Azur française et la Riviera italienne].

Le soir, nous avons continué jusqu’à Sète, le deuxième port méditerranéen de France. Après avoir cherché partout un restaurant bon marché, nous en avons finalement choisi un avec un menu à 350 fr. pour le dîner, le café Robinson, qui avait une plaque "Les Routiers" à l’extérieur. Le service a été long, mais c’était bon. Un litre entier de vin rouge était compris dans le prix. A une autre table dans le jardin, se trouvait un groupe de voyageurs en autocar décapotable, qui s’amusaient beaucoup. Ils nous ont offert le champagne, boisson que nous goûtions pour la première fois. Cela a un goût très sucré, bien qu’on puisse se rendre compte que c’est fortement alcoolisé. Ils nous ont offert une autre boisson dont nous n’avons jamais appris le nom. Quand l’addition est arrivée, elle se montait à 400 fr., plus les 10% habituels pour le service, et non 350 fr. comme affiché à l’extérieur. Nous avons maugréé, mais avons néanmoins payé. Ensuite, la dame est revenue nous dire "c’est 350 fr. pour les étudiants". C’est encore un exemple de la gentillesse spontanée des français. Nous avons observé un petit bal du dimanche soir. Un groupe avec 4 musiciens jouait, et tout le monde avait l’air de bien s’amuser. Nous avons pris une citronnade. C’était vraiment sympa de manger, d’écouter la musique, et de regarder les gens.

Quand nous sommes partis, il faisait nuit, donc nous avons poussé nos vélos jusqu’à la plage sablonneuse où nous avons dormi. La nuit était vraiment superbe, l’eau sombre clapotait doucement contre le sable, la pleine lune se reflétait dans la mer, deux phares clignotaient au loin, et partout à l’horizon, scintillaient les petites lueurs blanches des bateaux de pêche. Il semblait y avoir des millions d’étoiles. Dormant là, nous pouvions voir beaucoup plus d’étoiles qu’en pleine ville. Toute la Voie lactée était visible, tel un tapis d’étoiles minuscules.

Photo 54. Eglise du 15ème siècle avec
façade fortifiée. Haute-Garonne
Photo 54. Eglise du 15ème siècle avec façade fortifiée. Haute-Garonne

Le lendemain matin, nous nous sommes levés à 7 heures, mais avons décidé de ne pas nous baigner avant le petit déjeuner!

J’ai découvert que j’avais une crevaison lente. Nous avons frit de la viande et fait des frites. Dans Sète, nous avons acheté une pinte de lait chacun. Notre méthode pour acheter le lait semblerait inhabituelle chez nous. Nous avons pris l’habitude d’en acheter un demi litre (nos tasses ont chacune une capacité d’un quart de litre), puis de le boire dans le magasin. S’il est bon, nous en achetons alors un demi litre de plus. En général, le lait est puisé à la louche dans un grand bidon, bien que dans les villes, on puisse aussi l’acheter en bouteille.

Photo 55. Le théâtre romain.
Photo 55. Le théâtre romain.

Photo 56: La ville de Sète est sectionnée par de nombreux
canaux et voies navigables.
Photo 56: La ville de Sète est sectionnée par de nombreux canaux et voies navigables.

Nous avons continué notre route torse nu pour la première fois. Il faisait très chaud, et la route, bordée d’oliveraies, était monotone. Nous nous arrêtions à chaque village, pour pomper de l’eau et en boire une tasse. De midi à 3 heures, nous nous sommes arrêtés à l’ombre, et avons mangé du pain, du fromage, des tomates et une livre de prunes chacun. Nous avons écrit des cartes et mis nos journaux respectifs à jour. Puis, nous avons continué en traversant Montpellier et avons atteint Nîmes au coucher du soleil. Pendant la journée, nous avions chacun consommé plus de 2 pintes 3/4 de lait, en plus de plusieurs pintes d’eau! Nous étions heureux de repartir vers le froid du Nord. Nous promenant dans Nîmes, nous avons vu un certain nombre d’édifices romains, y compris les arènes (théâtre) où des corridas ont encore lieu,

Photo 56. Le Pont du Gard, aqueduc romain.
Photo 56. Le Pont du Gard, aqueduc romain.

et la Maison Carrée, un temple païen. Nous avons acheté des pommes, des gâteaux secs, des pâtisseries et des glaces, ainsi que des chips. Il faisait nuit quand nous sommes partis. Mes lumières ne fonctionnaient pas, mais j’ai risqué le trajet à bicyclette sans. Nous avons campé à environ trois miles de Nîmes, à côté d’un aérodrome. Le sol était très rocailleux.

Le lendemain, nous nous sommes réveillés à 6 heures 30, puis nous nous sommes rendormis pendant une heure. Nous avons cuit des œufs sur le plat, des frites et des tomates frites. Nous avons dû faire la chasse à de grosses fourmis qui étaient dans le pain, bien que nous l’ayons bien ramassé pour la nuit. Des aviateurs français faisaient des exercices sur le terrain d’aviation, mais nous n’avons pas vu d’avions. Il faisait de nouveau très chaud et nous avons continué à vélo torse nu. Nous avons visité le Pont du Gard, un aqueduc magnifique construit par les romains en l’an 19 avant Jésus-Christ, entièrement bâti selon la méthode des pierres ‘sèches’, sans ciment, ni mortier. Nous avons grimpé le chemin escarpé sur un flanc de la vallée, puis avons traversé le haut du pont à pied, dans le chenal d’eau d’origine, qui fait environ 3 pieds de large, et 3 pieds de profondeur. Nous sommes ensuite redescendus au niveau inférieur.

Photo 57. Le Palais des Papes.
Photo 57. Le Palais des Papes.

Photo 58. Le Pont Saint-Bénezet, Avignon.
Photo 58. Le Pont Saint-Bénezet, Avignon.

Photo 59. Scène de rue à Avignon.
Photo 59. Scène de rue à Avignon.

Après avoir poussé nos vélos pour monter une longue côte sous un soleil de plomb, nous avons atteint la ville d’Avignon, avec ses remparts bien conservés. Laissant nos vélos à la gare, comme précédemment, nous sommes allés au restaurant pour un déjeuner tardif. Comme nous finissions de manger, un couple de randonneurs australiens est entré. Ils étaient très joyeux et, de toute évidence, avaient bien du plaisir, malgré le fait qu’ils ne parlent pas un mot de français (à part "sill-vousse- plaite").

Nous nous sommes ensuite promenés dans la ville, en montant jusqu’au Palais des Papes. Ce fut la résidence des papes de 1306 à 1411, époque pendant laquelle ils avaient été expulsés d’Italie. Du parc, nous avons admiré le pont Saint-Bénezet, 12ème siècle, situé en contrebas, qui est célèbre grâce à la chanson.

Sous le pont d'Avignon

On y chante, on y danse

Comme on peut le voir sur la photo, seule une partie du pont a survécu, le reste ayant été emporté par le Rhône.

Photo 60. Lit de rivière en béton, an 1950.
Photo 60. Lit de rivière en béton, an 1950.

Photo 61. Arc de triomphe romain (à Orange), an 25 de
notre ère.
Photo 61. Arc de triomphe romain (à Orange), an 25 de notre ère.

Nous avons quitté Avignon à 19 heures 15, pour poursuivre notre chemin en remontant la vallée du Rhône. Nous nous trouvions maintenant sur la route principale qui relie Paris à la Côte d’Azur, et il y avait pratiquement autant de voitures anglaises que françaises. Nous avons rencontré un motocycliste et sa femme, qui étaient de Frome. Il nous a fallu pas mal de temps pour trouver un endroit où camper, et il faisait presque nuit quand nous nous sommes arrêtés. Nous avons cuit des pommes de terre sautées et une omelette pour notre souper. Le sol était très rocailleux, et à cause des coups de soleil que nous avions au dos, nous n’avons pas très bien dormi.

Le lendemain matin, nous nous sommes levés à 6 heures 45 et avons repris la route avant 9 heures. Nous avons encore eu des problèmes avec les fourmis, en trouvant dans le pain, mais nous avons fini par conclure qu’elles devaient donner plus de goût à la nourriture! Nous avons visité Orange, avec son théâtre romain et autres édifices. Nous sommes repartis de nouveau sur la route touristique principale, mais nous en avons bientôt eu assez de la circulation et avons pris une autre route de l’autre côté du Rhône. Nous préférions de loin la côte Ouest de la France, où il y a peu d’étrangers. Pour satisfaire aux exigences de la centrale électrique de Dorizère, le Rhône a été détourné et coule maintenant dans un chenal artificiel en béton. Un clou a crevé un de mes pneus, heureusement, tout près d’un grande citerne d’eau. Nous avons réparé le pneu, ainsi que celui qui avait eu un problème à Sète. Nous avons dépassé Montélimar, la ville d’où vient le nougat, mais le nougat y avait le même goût que partout ailleurs.

Nous avons campé non loin de Valence dans un champ herbeux. Les moustiques ont commencé à nous piquer, et même après nous être couverts de la tête aux pieds, y compris avec des gants aux mains et des serviettes sur la tête, ils ont continué à nous piquer à travers la chemise. C’était maintenant un réflexe d’écouter leur bourdonnement, puis un silence de mauvaise augure, avant de donner une claque à l’endroit où nous pensions que le moustique s’était posé. Par conséquent, nous n’avons pas pu dormir confortablement, et pour empirer les choses, le sol était dur comme de la brique. Nous nous sommes réveillés à 5 heures du matin après un sommeil agité et avons alors admiré le soleil se lever au-dessus des montagnes du Vercors. Nous nous sommes habillés, ou plutôt déshabillés, et j’ai marché 3 miles jusqu’au village pour aller chercher de l’eau. Je ne suis pas près de recommencer çà avant le petit déjeuner! Nos visages étaient couverts de petites piqûres rouges.

Photo 62. St-Nazaire, département de la Drome.
Photo 62. St-Nazaire, département de la Drome

Nous avons touché un chèque de voyage à Valence, et acheté un Coca-Cola. En premier lieu, nous avons pris la mauvaise route, puis repris la bonne qui était une petite route. Les panneaux de signalisation français sont excellents tant que l’on est sur la bonne route, mais pas très utiles quand on en sort. Nous avons pris un excellent déjeuner à 250 fr. dans un petit café à Bourg de Plage. Entre autres choses, de délicieux "haricots verts en beurre" étaient au menu. Après, les propriétaires du café sont venus nous parler. Le grand-père nous a dit qu’il avait été à Londres pendant la première guerre mondiale, et sa petite-fille, Arlette, parlait un peu anglais. Elle avait une amie qui habitait à Reading. Sur les murs du café se trouvaient des tableaux représentant une route serpentant le long d’une falaise à pic, puis pénétrant dans la falaise par un tunnel, et traversant ensuite des gorges sur des ponts en béton d’allure précaire. "Hum" avons-nous dit, "aucune route ne peut vraiment être comme çà". Nous étions loin de réaliser que, dû à un coup du sort, nous allions emprunter cette même route dans moins de six heures.

Nous avons continué jusqu’à St-Nazaire, où nous avons essayé d’acheter de la crème anti-moustique, mais la pharmacie semblait ne pas en avoir (pas de tente). Le temps s’est mis au gris, et de gros nuages sont descendus des montagnes voisines. A 6 heures du soir, il a plu pendant un quart d’heure. Comme il y avait une auberge de jeunesse à Corrençon, seulement 20 miles plus loin, nous avons décidé d’aller y passer la nuit. Nous avons acheté des biscottes qui, en fait sont comme des toast secs. Nous avons traversé Pont-en-Royans sur la nationale N531. "Pont-" (comme les gens du coin l’appellent) est un village pittoresque, avec sa rue pavée étroite et tortueuse, dominé par un énorme bloc de granite, faisant peut-être 1000 pieds de hauteur. La rivière Bourne, dans son chenal, a une couleur vert-bleue très caractéristique.

La route commençait maintenant à grimper (et comment!). Après environ un mile, nous avons abandonné nos montures, et avons poussé nos bicyclettes qui pesaient bien 90 livres avec tout le chargement. La route a d’abord suivi le côté d’une vallée escarpée avec la Bourne au fond, et avec des pans de roche verticaux d’environ 2000 pieds sur chaque flanc. Dans la vallée se trouvait une centrale hydroélectrique, que l’on peut voir sur les photos, et sa taille donne une idée de la hauteur des pans rocheux. Des tuyaux partaient à la verticale, s’élevant le long de la falaise, et nous nous sommes demandés comment ils avaient pu être posés.

Photo 63. Regard vers le fond de la vallée de la
Bourne.
Photo 63. Regard vers le fond de la vallée de la Bourne.

Photo 64. Notez la centrale.
Photo 64. Notez la centrale.

Ensuite la vallée est devenue plus encaissée, menant aux rocheuses gorges de la Bourne, la largeur variant de 80 à 100 mètres. La route avait été pratiquement taillée dans la falaise, et il y a avait de nombreux tunnels. Ces gorges, avec la rivière environ 500 pieds en contrebas de la route, faisaient des méandres dans un sens puis dans l’autre, si bien que nous étions complètement désorientés, et nous avons été étonnés de voir la lueur orange du soleil couchant sur une roche, loin au-dessus de nous, alors que nous pensions qu’il aurait dû se trouver exactement dans la direction opposée. La route grimpait sans interruption et sans relâche, traversant parfois de l’autre côté de la gorge, et ayant atteint le Pont de la Goule Noire, elle a rejoint une autre route qui est apparue mystérieusement d’une gorge latérale.

Evidemment, lorsque nous avions prévu de faire les 20 miles jusqu’à Corrençon, nous ne nous attendions pas à devoir nous y rendre à pied, et comme il commençait à faire nuit, plus tôt que d’habitude à cause des hautes montagnes, nous nous sommes arrêtés au village de La Balme. Ayant acheté plusieurs choses dans le magasin d’alimentation générale bien approvisionné, nous avons demandé où nous pouvions passer la nuit. "Essayez la première ferme à droite" a dit la dame. C’est ce que nous avons fait et le fermier nous a laissé dormir dans le foin, dans la grange. Il nous a montré l’eau courante, et comment éteindre la lumière de notre "chambre".

Photo 65. Dans les gorges de la Bourne..
Photo 65. Dans les gorges de la Bourne..

Photo 66. Dans les gorges de la Bourne.
Photo 66. Dans les gorges de la Bourne.

Nous avons bien dormi et ne nous sommes réveillés qu’à 9 heures. Il y avait du soleil. Le petit déjeuner et autres bricoles à faire ont retardé notre départ jusqu’à midi et quart. Nous avons achevé notre marche jusqu’en haut des gorges, soit 13 miles en tout. Au sommet se trouve la ville de Villard-de-Lans, célèbre station de sports d’hiver. Nous avons vu les pistes de ski.

A 3410 pieds, nous étions à une altitude plus élevée qu’en n’importe quel point d’Angleterre!

En 1944, le Vercors fut la scène d’un des plus glorieux épisodes de la Résistance. Au début de cette année-là, 4000 hommes s’y rassemblèrent sous les ordres du Colonel Huet, et à partir du 6 juin, ils commencèrent leurs opérations de harcèlement contre les allemands. Ces derniers attaquèrent Saint-Nizier le 13, où ils furent repoussés. Après une nouvelle attaque le 15, les français se réfugièrent à la Chapelle-en-Vercors, Saint-Agnan, et Vassieux. C’est là que du 20 au 22 juillet, ils subirent héroïquement les attaques de plus de deux divisions ennemies. 400 allemands furent parachutés à Vassieux, ils mirent feu au village et massacrèrent la population. Partout, les représailles furent impitoyables; fermes et villages furent brûlés. Pendant quelques semaines, les troupes françaises, bien que 5 fois moins nombreuses, réussirent à immobiliser les forces allemandes, considérables et beaucoup mieux équipées. En fin de compte, du côté français, les pertes dans la bataille du Vercors se montèrent à 700 morts, dont 150 étaient des civils, et à mille habitations détruites (extrait du Guide Bleu).

Photo 67. La ferme à la Balme, vue des hauteurs.
Photo 67. La ferme à la Balme, vue des hauteurs.

Photo 68. Villard-de-Lans, et les montagnes de Lans.
Photo 68. Villard-de-Lans, et les montagnes de Lans.

Photo 69. La partie supérieure des gorges de la Bourne.
Notez la ferme à droite.
Photo 69. La partie supérieure des gorges de la Bourne. Notez la ferme à droite.

Nous avons déjeuné de pain, fromage et tomates, suivis d’une riche tarte au fruits. L’appareil photo de Gordon avait une vis desserrée, donc nous sommes allés chez un horloger pour le faire réparer. Il était sorti, mais sa femme nous a laissé faire le travail nous-mêmes avec un tournevis, sans nous faire payer. Nous sommes restés une partie de l’après-midi à Villard, pour écrire des lettres.

Photo 70. Regard sur le fond des gorges des Engins, vers la
vallée de l’Isère (sous le soleil).
Photo 70. Regard sur le fond des gorges des Engins, vers la vallée de l’Isère (sous le soleil).

Photo 71. La route, descendant vers Grenoble, prise
àl’endroit du V, sur la photo du haut.
Photo 71. La route, descendant vers Grenoble, prise àl’endroit du V, sur la photo du haut.

Tard l’après-midi, nous avons quitté Villard-de-Lans, et commencé la descente vers Grenoble, ce qui impliquait perdre 2500 pieds d’altitude en 10 miles. Après une descente initiale en ligne droite, j’ai pris la première photo. Le Mont-Blanc (15 782 pieds), la plus haute montagne d’Europe occidentale, se trouve à 75 miles en arrière-plan. La route fait plusieurs grandes courbes, dans un sens puis dans l’autre, dans cette vallée suspendue, avant d’atteindre l’endroit du V, où j’ai pris la seconde photo. Sur celle-ci, on peut voir deux des nombreux lacets que fait la route comme elle descend dans la vallée de l’Isère.

Photo 72. Immeubles neufs à Chambéry, Savoie.
Photo 72. Immeubles neufs à Chambéry, Savoie.

Grenoble est une ville universitaire. Elle semble être une ville très propre et une bonne base pour les excursions dans les montagnes avoisinantes.

Nous nous sommes arrêtés dans une ferme juste après la ville, et avons de nouveau dormi dans le foin, avec de la lumière électrique. Nous avons bouilli des haricots verts, puis les avons cuits à la poêle, comme ceux que nous avions apprécié au restaurant. Nous avons acheté du lait frais à la ferme, puis fait le thé.