Le journal original de Roy (4/4)

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© 2003 Nina Jenkin.

Samedi 8 août

Nous avons fait un tour dans Metz, et acheté quelques provisions. La bouteille d’alcool à brûler allemande, dans la sacoche du guidon de Gordon, a éclaté au soleil. Nous avons quitté Metz vers 11 heures du matin, puis pédalé 29 miles avant le déjeuner. Un bon vent nous poussait, le revêtement de la route était excellent, et il n’y avait pas trop de côtes. Nous avons déjeuné en bordure d’un cimetière allemand bien entretenu, datant de la première guerre mondiale. Puis, nous avons découvert que la prochaine auberge de jeunesse se trouvait à 66 miles, à Châlons-sur-Marne. Nous avons décidé d’y aller si possible. Nous avons traversé Verdun, où 300000 allemands et 300000 français sont morts pendant la première guerre mondiale. Il y avait de nombreux cimetières militaires et nous avons particulièrement apprécié le nom d’un village appelé REST.

Nous avons admiré la belle cathédrale de Notre Dame de l'Epine, puis atteint Châlons, souvent appelé l’Aldershot français, vers 8 heures du soir. L’auberge de jeunesse (administrée par l’organisation F.N) était décrite dans le Guide comme une auberge de jeunesse très bien équipée. Une erreur avait dû s’insérer …(comme la vermine dont nous soupçonnions la présence). Il ne restait plus de lits libres, sauf un avec 3 pieds, et nous avons dormi allongés sur des tables. A l’arrivée, un couple australien nous avait informés que le responsable de l’auberge de jeunesse était en ville, en train de se bourrer de vin, que la cuisinière ne fonctionnait pas, qu’il n’y avait pas de lavabos, mais que néanmoins, tout le monde allait "bien s’amuser". A part les australiens, il y avait trois anglaises, des italiens, un français, et une fille néerlandaise. L’anglais semblait être la langue acceptée. Lorsque le responsable, un homme jeune, est rentré, nous lui avons dit "pas de lit, pas d’argent" et il n’a pas insisté. Nous avons fait la cuisine sur notre propre réchaud, utilisant du carburant gracieusement offert par nos amis des Antipodes, et nous avons passé une bonne soirée à bavarder. Nous avons bien dormi après notre étape de 95 miles, la plus longue de toutes nos vacances. Le matin, nous avons été réveillés relativement de bonne heure, car on avait besoin des tables pour le petit déjeuner. Le seul endroit où se laver était une baignoire-douche, de laquelle toute l’eau s’écoulait à travers le plancher de la salle à manger!

Nous avons pris une route près de la Marne, qui était toute en montées et descentes. Nous avons traversé Epernay et Château-Thierry, célèbres pour leur champagne, mais nous n’avons pas pu en acheter un verre dans un café. Il n’est vendu qu’en bouteille, car, une fois ouvert, il perd ses "bulles". A la place, nous avons acheté du lait, qui sortait directement du pis de la vache. Après une étape de 70 miles, nous avons campé dans un champ près de Meaux. La nuit était très chaude, et nous avons improvisé un lit avec de grosses bottes de paille. Nous avons mangé du pâté de foie gras, tartiné épais sur du pain.

Le jour suivant, nous avons déjeuné de bonne heure à Meaux, dans un petit café modeste, et goûté un peu de fromage suisse. La chaîne de Gordon s’est cassée net, heureusement, nous avions un maillon de rechange. Nous avons acheté des pâtisseries. Elles étaient à 15 fr. chacune dans la vitrine, mais, à notre surprise, la vendeuse nous les a offertes directement sorties du four pour seulement 10 fr. chacune.

Photo 99a. La cathédrale de Notre-Dame de l'épine,
près de Châlons. Construite entre 1410-1529,
c’est un lieu de pèlerinage
Photo 99a. La cathédrale de Notre-Dame de l'épine, près de Châlons. Construite entre 1410-1529, c’est un lieu de pèlerinage

Photo 100. Le Panthéon, Paris
Photo 100. Le Panthéon, Paris

Nous sommes arrivés en banlieue parisienne, et nous avons dû parcourir environ 10 miles sur les pavés. Nous avons atteint la Porte de Pantin, puis sommes allés dans le quartier de Bagnolet, où le correspondant de Gordon habitait, mais il était parti en vacances. Nous avons continué jusqu’à l’auberge de jeunesse de Châtillon. Il n’y avait pas de place à l’intérieur, mais des centaines de jeunes campaient dans le champ derrière. Nous y avons laissé nos affaires, et nous nous sommes changés, mettant une veste, un pantalon de flanelle et une cravate. Cela nous faisait vraiment drôle! Nous avons pris le métro jusqu’au jardin du Luxembourg, juste à temps pour assister à sa fermeture. Nous avons vu le Panthéon, la Sorbonne, et l’église St. Etienne-du-Mont, 16ème siècle. Ensuite, nous avons descendu le Boulevard St Michel à pied, jusqu’à l’île de la Cité. Nous avons vu la cathédrale Notre-Dame, le musée du Louvre, qui abrite la Vénus de Milo et la Joconde, le grand manège de chevaux de bois de l’Arc, et le jardin des Tuileries. Il faisait maintenant nuit, et nous avons vu la Place de la Concorde, avec la longue avenue des Champs Elysées, qui mène à l’Arc de Triomphe tout illuminé.

Photo 101. L’obélisque de Luxor, qui a plus de 3000
ans.
Photo 101. L’obélisque de Luxor, qui a plus de 3000 ans.

Photo 102. La cathédrale Notre-Dame.
Photo 102. La cathédrale Notre-Dame.

Photo 103. L’Opéra.
Photo 103. L’Opéra.

Nous avons vu l’église de la Madeleine, puis avons marché vers l’Opéra, la plus grande scène de Paris. Nous avons dîné dans un restaurant recommandé par le motocycliste que nous avions rencontré près de Saarbrucken. Il était maintenant 11 heures du soir, et nous avons continué à marcher le long des Boulevards, passant devant des kiosques de journaux et de loterie nationale, admirant les magasins et restaurants bien éclairés. Nous avons pris le métro pour rentrer à l’auberge de jeunesse à minuit et demi. C’était une nuit très chaude, et nous avons dormi sans nous couvrir plus que nous ne l’aurions fait à la maison.

Mardi 11 août

Nous nous sommes levés à l’aube, avons mangé du pain d'épice, sommes allés à pied à la boulangerie pour acheter du pain de seigle, que nous avons mangé avec de la margarine et de la confiture. Nous avons ensuite pris le métro pour aller à proximité de la Basilique du Sacré-Coeur. Le métro est plus bruyant, secoue plus, et est moins confortable que le métro de Londres, bien que les lignes soient moins compliquées. Il semble y avoir une odeur permanente de moteurs électriques surchauffés dans les voitures! Les sièges ont des lattes en bois, et il n’y en a pas beaucoup par voiture, en fait, une notice indique dans certaines voitures: "Places assises 21, places debout 119"! Les portes se ferment automatiquement, mais doivent être ouvertes à la main. Le train s’arrête fort peu de temps à chaque station. Les lignes sont juste au-dessous du sol, et suivent les artères principales.

Photo 104. Vers l’avenue de L'Opéra.
Photo 104. Vers l’avenue de L'Opéra.

Photo 105. Un métro.
Photo 105. Un métro.

Photo 106. Une station de métro.
Photo 106. Une station de métro.

En fait, certaines lignes sont aériennes, passant sur des viaducs en fer, laids et bruyants. Les stations sont aussi rapprochées que les arrêts de bus et portent les mêmes noms. Certains noms de station sont très originaux, tels que Franklin D. Roosevelt, Kremlin, Gambetta (un incontournable), Europe, Rome, Oberkampf, Quatorze Juillet, 4 Septembre, et George V. Une idée astucieuse est la barrière à l’entrée de la plate-forme, qui se ferme alors que le train arrive dans la station, et qui reste fermée jusqu’à ce qu’il soit reparti. Le prix d’un ticket est 20 fr. (5 shillings), quelle que soit la distance. Il très facile de se repérer dans le métro, car les stations de correspondance sont clairement marquées "Correspondance", et il suffit de se souvenir du nom de la station au terminus de la ligne, car toutes les plates-formes indiquent ce nom. Après avoir grimpé une rue étroite, bordée de boutiques de souvenirs, nous avons pris le funiculaire jusqu’à la Basilique du Sacré-Coeur. Le panorama, vu de cette hauteur, s’étend au loin, mais le temps était brumeux ce jour-là. Nous sommes ensuite retournés au même restaurant pour le déjeuner. L’après-midi, nous avons demandé à la poste si nous avions du courrier à la Poste Restante. Il n’y avait rien. Nous nous sommes rendus compte plus tard que nous étions peut-être allés dans le mauvais bureau de poste. Nous sommes allés à l’agence de voyage Cook’s, pour réserver notre passage de retour sur la Manche, par voie aérienne. Ils nous ont envoyés directement au bureau de Silver City, dans la rue voisine.

106a. Un ticket de métro (utilisé deux fois)
106a. Un ticket de métro (utilisé deux fois)

Photo 107. La place de la Concorde.
Photo 107. La place de la Concorde.

Photo 108. L’avenue des Champs Elysées, en
regardant vers l’Est.
Photo 108. L’avenue des Champs Elysées, en regardant vers l’Est.

Photo 109. Un bus parisien
Photo 109. Un bus parisien

Photo 110. Une rue typique
Photo 110. Une rue typique "passant dessous".

Photo 111. L’Arc de Triomphe, place de l'Etoile.
Photo 111. L’Arc de Triomphe, place de l'Etoile.

Nous avons vu l’Opéra, et la place de la Concorde de jour, puis avons remonté l’avenue des Champs Elysées jusqu’à la place de L'Etoile, où se dresse l’Arc de Triomphe. Nous l’avons admiré sous tous les angles, puis avons traversé la rue, opération périlleuse, pour y arriver. Nous avons vu la tombe du Soldat Inconnu, avec sa flamme éternelle. Retraversant la large rue, nous avons descendu l’avenue Kléber jusqu’à la Place du Trocadéro, d’où on peut voir la Tour Eiffel dans toute sa gloire métallique.

Photo 112. Sous l’Arc de Triomphe.
Photo 112. Sous l’Arc de Triomphe.

Photo 113. La Tour Eiffel. Construite entre 1887-89 pour
l’exposition universelle de Paris, elle se dresse à
une hauteur de 935 pieds, et reste le plus haut édifice
d’Europe.
Photo 113. La Tour Eiffel. Construite entre 1887-89 pour l’exposition universelle de Paris, elle se dresse à une hauteur de 935 pieds, et reste le plus haut édifice d’Europe.

Nous avons traversé les jardins à côté du Palais de Chaillot, puis traversé la Seine. Nous étions maintenant pratiquement sous la Tour. Nous avons appris que le prix était de 8 shillings par personne pour y monter. Nous avons décidé, avec quelques regrets, que nous préférions dépenser 8 shillings sur une journée de vacances supplémentaire.

Photo 114. Image en puzzle.
Photo 114. Image en puzzle.

Photo 115. L’hôtel des Invalides.
Photo 115. L’hôtel des Invalides.

Photo 116. Lever du jour sur Paris, vu du
Photo 116. Lever du jour sur Paris, vu du "lit".

Nous avons continué notre chemin à travers les jardins du Champ de Mars, jusqu’à l’hôtel des Invalides, musée de la guerre, où se trouve le tombeau de Napoléon. Nous sommes rentrés à l’auberge de jeunesse en métro et nous nous sommes couchés de bonne heure.

Le lendemain, nous nous sommes levés à l’aube, avons pris un petit déjeuner rapide, puis avons traversé le centre de Paris en vélo à 7 heures 45, pour éviter la circulation. Néanmoins, cela a quand même été difficile. Nous avons pris le mauvais embranchement, près de la gare de l'Est, et avons eu du mal à rejoindre le flux de la circulation. Heureusement pour nous, c’était le premier jour d’une grève de bus, et la circulation était réduite dans les rues. Nous avions aussi la chance d’avoir fini notre visite de la ville, car le métro aussi était fermé. Bien que nous ne l’ayons pas réalisé, ceci faisait partie d’une grève générale qui, selon les journaux que nous avons lu une fois rentrés à la maison, avait alors "paralysé" le pays, des millions de travailleurs des services publics et des industries nationalisées (le sucre, le tabac et les allumettes sont des industries nationalisées en France) étant en grève.

Nous avons traversé le marché aux fruits et légumes, Les Halles, puis sommes partis vers le nord sur la N1, une bonne route. Il faisait très chaud. Nous avons vu la grande cathédrale de Beauvais, qui fait 160 pieds de haut, et pourtant seulement 230 pieds de long. Nous avons rencontré deux anglais qui allaient à Paris en auto-stop, car le chemin de fer était aussi bloqué par la grève. Nous sommes arrivés à proximité d’Abbeville, et avons "campé" au bord de la route, sur l’accotement herbeux, dormant bien après cette étape de 91 miles.

Photo 117. Un avion Bristol 170.
Photo 117. Un avion Bristol 170.

Nous nous sommes réveillés avant le lever du soleil, et sommes partis de bonne heure à 7 heures 30, puis nous avons continué notre route vers Le Touquet, en nous arrêtant rarement. Nous avons atteint Montreuil et acheté de la chair à saucisse, du fromage, et du pâté de foie gras pour le déjeuner. Dans cette ville, nous avons rencontré plusieurs cyclistes anglais. A Etaples, nous nous sommes arrêtés pour acheter plusieurs choses, y compris nos dernières pâtisseries françaises. Nous en avons mangé quatre chacun! Nous avons regardé des avions de Silver City qui allaient atterrir, puis nous avons poursuivi notre route jusqu’à l’aéroport du Touquet. C’est un aéroport petit, mais très efficace. Nos billets ne nous restreignaient pas à un heure particulière de la journée, c’était juste un cas de "premier arrivé, premier parti". On donne son passeport à tamponner, puis on peut asseoir dans la salle d’attente pour attendre le départ, ou aller regarder les avions sur la terrasse. Au bout de vingt minutes, on a appelé mon nom au haut-parleur, avec une douzaine d’autres personnes. Gordon a été mis sur l’avion suivant, 15 minutes plus tard. (Le service est bien meilleur que le bus F, n’est-ce pas!)

Nous avons rencontré un motocycliste malchanceux, qui avait eu un accident en Suisse, puis eu une amende de 10 shillings, et avait dû quitter le pays. Nos bicyclettes ont été mises à bord pour nous, et deux voitures ont été conduites dans le nez de l’avion. Il n’y a pas eu de vérification par les douanes françaises, bien que Gordon ait indiqué qu’une jeune dame s’était promenée parmi son groupe, demandant à certaines personnes si elles n’avaient rien à déclarer.

Photo 118. En marche vers notre avion.
Photo 118. En marche vers notre avion.

Les douze passagers sont entrés dans l’avion par la partie arrière. L’avion a roulé jusqu’au bout de la piste de décollage, puis s’est arrêté, face au vent. Avec les freins des roues serrés, le pilote a mis tous les gaz pour les deux moteurs, ce pendant trente secondes avec un son perçant, puis il a desserré les freins. Nous avons accéléré jusqu’à environ 90 miles de l’heure, puis nous avons décollé en douceur.

Photo 119. Au bout de la piste de décollage, prêt
pour le départ.
Photo 119. Au bout de la piste de décollage, prêt pour le départ.

Photo 120. Survol des bâtiments de
l’aéroport, roue arrière relevée.
Photo 120. Survol des bâtiments de l’aéroport, roue arrière relevée.

Photo 121. Toujours en montée, avec virage sur
l’aile. Une maison.
Photo 121. Toujours en montée, avec virage sur l’aile. Une maison.

Une fois dans les airs, nous avons viré vers la côte, puis sommes passés au-dessus du Touquet. Bientôt, nous étions au-dessus de la mer, puis nous avons vu la côte anglaise en face. Nous volions à environ 1000 pieds d’altitude et à 100 miles de l’heure. On pouvait voir l’Angleterre et la France en même temps, comme sur une carte, s’étendant de Douvres au Cap Gris Nez. Une fois au-dessus de la mer, il était difficile de se rendre compte que l’avion avançait.

C’était une soirée d’été parfaite.

Photo 122. Le Touquet, vu des airs.
Photo 122. Le Touquet, vu des airs.

Photo 123. L’Angleterre.
Photo 123. L’Angleterre.

20 minutes après le décollage, nous avons viré pour atterrir à Lympne, près de Folkestone. Un signal lumineux s’est allumé, indiquant; "Fasten safety belts. No smoking" , alors que nous perdions de l’altitude. Au-dessus des terres, il y avait des courants atmosphériques verticaux, et l’avion a subi quelques légères turbulences. La piste à Lympne est en herbe, et non goudronnée, et il y a eu des secousses comme l’avion roulait vers les bâtiments de l’aérodrome. L’inspection des douanes a suivi, et alors que les jeunes randonneurs

Photo 124. En approche de l’Angleterre. Sandgate et le
port de Folkestone.
Photo 124. En approche de l’Angleterre. Sandgate et le port de Folkestone.

et jeunes du même type ont pu sortir assez vite, ils ont été très stricts avec un conducteur automobile. J’ai attendu Gordon dans le restaurant, après une toilette très rafraîchissante avec l’eau chaude, pour la première fois en 6 semaines. En parlant avec un des pilotes, nous avons appris que Silver City assurait 35 vols ce jour là, et 70 le samedi. Nous avons lu le "Daily Express" et découvert les "faits" sur la "terrible" grève française qui s’était déroulée sans que nous ne nous en apercevions! Les reporters décrivaient avec des détails choquants la situation chaotique dans Paris, pas d’éboueurs, pas de transports en commun, pas de services postaux, ni électricité ni gaz, et des milliers de touristes anglais bloqués dans la capitale! Pourtant, la seule chose que nous avions remarqué était une boîte à lettres pleine à ras bord!

Photo 125. Le canal militaire royal, près de Hythe.
Photo 125. Le canal militaire royal, près de Hythe.

Lympne est à environ 245 miles d’Exeter. Nous avons franchi les grilles de l’aéroport à bicyclette, puis avons vu un panneau indiquant: LINKS FAHREN TENEZ LA GAUCHE

Nous nous sommes demandé si nous avions atterri dans le mauvais pays, mais la traduction a révélé que cela signifiait "Keep to the Left". Donc nous avons traversé la route pour rouler à gauche! Cela faisait vraiment bizarre après 5 semaines et demi de cyclisme sur le côté droit de la route. J’ai fait une erreur, en tournant dans une route près de Lewes, et je me suis retrouvé du mauvais côté d’un terre-plein, à la surprise du conducteur d’une Daimler. Néanmoins, nous nous sommes vite habitués à être différents de pratiquement tous les pays du monde, tout comme nous avons dû nous réhabituer aux poids et mesures propres à l’Angleterre. Nous avons parcouru environ 8 miles sur une petite route étroite, typiquement anglaise, qui faisait des détours pour contourner chaque obstacle, puis nous avons atteint le village de Newchurch, près de Romney. Nous sommes allés au magasin du village et avons acheté de la confiture, des tartes au fruits de la marque Lyons, et une nouvelle pile pour la torche. Le commerçant et sa femme, après avoir entendu quelques détails sur notre périple, nous ont offert une tasse de thé et du gâteau. C’était sympathique de voir que nos propres compatriotes peuvent être aussi gentils que les étrangers. Nous avons eu du mal à penser que 12 pence représentaient un shilling, le système décimal étant beaucoup plus facile. Cependant, on ne sait pourquoi, les œufs français sont vendus à la douzaine, et ainsi, il est plus difficile de calculer le prix d’un œuf, mettons à 165 fr. la douzaine, que cela ne l’est en Angleterre. Nous avons dormi dans un champ du marais de Romney.

Photo 126. Roy le matador.
Photo 126. Roy le matador.

Le matin, il faisait froid et humide. Nous nous sommes levés au lever du jour. Les vaches qui se trouvaient dans le champ sont venues nous inspecter, je les ai chassées avec ma cape, sans savoir que Gordon avait son appareil photo, prêt à me prendre. Après nous être perdus à cause d’un panneau planté qui nous a envoyé sur une route vers A, pour ensuite nous amener à une bifurcation indiquant seulement B et C, nous avons pris notre petit déjeuner dans un café de routiers. Devinez quoi! – Des œufs et des frites!

Nous avons ensuite continué en traversant New Romney et Rye. A Hastings, le midi, nous avons acheté du lait dans une laiterie et l’avons bu sur le champ, comme nous le faisions sur le continent. La dame du magasin, apprenant que nous revenions de contrées si lointaines, nous dit qu’à son avis, nous étions des "héros". Nous avons acheté un "fish and chips" à Hastings et l’avons mangé, assis sur un banc sur le front de mer, tous les passants nous jetant des regards noirs! Bien que nous l’ayons mangé directement dans l’emballage en papier, nous avons néanmoins utilisé un couteau et fourchette! Nous avons poursuivi notre route en traversant Pevensey, Lewes, et Brighton. De Brighton, j’ai téléphoné pour savoir les résultats de mes examens de licence, qui étaient un "B.Sc. 2nd class Honours". A Worthing, nous avons acheté un "fish and chips" (nourriture que nous n’avions pas vu en France) et nous avons campé dans un champ à proximité de Ferring. Nous sommes d’abord allés dans un relais routier pour célébrer ma licence en buvant du cidre. Ce jour-là, nous avons parcouru 83 miles. Toutes nos écorchures étaient maintenant guéries, et la nouvelle peau rose contrastait vivement avec nos jambes et bras bronzés. Nous avons bien dormi.

En nous réveillant, nous avons découvert que le champ dans lequel nous avions dormi avait des robinets d’eau. Tout le confort! Dépassant Chichester, nous avons visité des amis à Cosham, près de Portsmouth, et y avons déjeuné. Nous avons écouté le commentaire du match international de cricket. Continuant en traversant Fareham, où nous avons acheté d’excellents petits pains au saindoux (un certain contraste avec la délicate pâtisserie française!) Nous avons atteint Southampton, et il a plu un peu. Il était environ 8 heures du soir, et nous avons acheté un "fish and chips" à Totton. Il faisait maintenant nuit, mais nous avons décidé de continuer. Nous avons traversé la forêt de New Forest, où l’atmosphère est bien étrange. Nous avons acheté des tourtes à la viande et des gâteaux secs, puis avons continué à pédaler, sans nous arrêter, traversant Christchurch, jusqu’à minuit passé. Alors, Gordon a déclaré qu’il ne pouvait pas aller plus loin, donc nous avons dormi sur un accotement herbeux, le seul endroit avec de l’herbe entre Christchurch et Bournemouth, Iford Bridge. Un agent de police nous a stoppés pour nous demander ce que nous faisions.

Nous sommes repartis à 7 heures 45, avec 84 miles à parcourir. Nous sommes allés au bord de la mer à Bournemouth. Le soleil brillait, mais il y avait peu de monde à cette heure matinale! Nous avons poursuivi notre route, en passant par Dorchester, pour arriver à Bridport où il a plu. Nous avons bu de l’excellent cidre du Dorset, qui nous a semblé encore meilleur que la variété bretonne. Traversant Charmouth, Axminster, et Honiton, nous sommes arrivés à Exeter à 7 heures du soir. Nous avons été accueillis par Doreen, puis nous nous sommes séparés. J’ai bien mangé, puis pris un bain, après lequel je me suis senti beaucoup plus léger!

Après six semaines, j’étais content d’être à la maison, mais j’espère bien repartir, une autre fois. Nous avons parcouru 2107 miles à bicyclette, 143 miles en mer, et 36 en avion, soit un total de 2286 miles, en moyenne 50 miles à bicyclette par jour. Nos billets divers nous ont coûté 6 livres 15 chacun, et nos dépenses avant le départ se sont montées à environ 2 shillings. En nourriture, hébergement, timbres postes, cadeaux, et tout le reste, pendant 5 semaines et demi à l’étranger, nous avons dépensé 16 livres chacun, plus les 2 livres fournies par l’automobiliste en Haute-Savoie, c’est à dire que nous avons vécu avec 3,5 livres par semaine, soit un peu moins de 10 shillings par jour. Nous avons eu 3 crevaisons à nous deux, et nos quatre roues ont fait un total de 6400000 tours. Nos bicyclettes ont consommé une demie pinte d’huile chacune, et complètement usé deux pouces cubes de patins de frein!

Nous avons dormi dans 40 endroits différents, allant d’une plage, à un lit de rivière asséché, un aérodrome pierreux, une gare de triage, un camp de vacances pour moustiques et champs de toutes sortes, à une petite cabane de jardin, cinq granges, un lavoir, une salle d’attente de gare, un abri de trolleybus, une salle de classe, et un lit dans un foyer d’étudiants!

Nous avons eu énormément de chance, souvenez-vous du lavoir, du 'Tour de France', des paysans qui nous ont offert du vin, de la voiture abandonnée, du prêtre irlandais, du vieil homme qui nous a donné des pêches, du champagne que l’on nous a offert, des gorges de la Bourne, de plusieurs fermiers bien aimables, des dames allemandes à Bienne, de l’agent de police et des gars allemands à Baden-Baden, de Keith Walling à Heidelberg, de la cabane de jardin à Frankenstein, de l’auberge de jeunesse inattendue à Metz, du vent favorable pour notre trajet de 95 miles le jour suivant, du fait que la grève ne nous ait pas affecté, du manque de problèmes de transport, d’avoir eu seulement trois averses, et par dessus tout, de notre extraordinaire accident, dont le dédommagement nous a permis d’avoir six jours de vacances en plus, et qui, heureusement n’a causé aucune blessure grave.

Ces vacances ont été les plus agréables que nous n’ayons jamais eu, et j’ai appris bien plus en géographie, histoire et français, qu’après toutes les années passées à l’école. L’année prochaine, soyez sûr que vous ne me trouverez pas en villégiature à Brighton, à paresser sur une chaise longue!

MONSIEUR F. CUDET, MAISON-NEUVE, VERS, HAUTE SAVOIE, FRANCE

MONSIEUR EDMUND VINCHARD, 15 AVENUE BERTHOLLET, ANNECY, HAUTE SAVOIE, FRANCE.

FRAU BAAR-SCHMIDT, BUCHEN B/HAMBURG, URSULAFHOF, ALLEMAGNE

Photo 127. Fin du voyage.
Photo 127. Fin du voyage.

Quelques faits concernant ce journal:

Contenu approximatif - 16000 mots, 150 photographies, 12 cartes, 78 pages.

Coût – environ 8 livres d’argent liquide, et 200 heures de plaisir de 1953 à 1958.