Jour 3, 7 juillet 2003

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© 2003 Nina Jenkin.

Envoyé par Nina. Mis à jour au cyber-café de Rennes.

95 kilomètres, deux bateaux et neuf crevaisons plus tard, nous sommes enfin arrivés sous le soleil français. Nous sommes partis de South Avenue, Exeter, à précisément 14 heures 39, après la visite promise dans l’ancienne maison de mon père, et après avoir commencé avec enthousiasme notre périple sur la route empruntée par mon père il y a cinquante ans. Par miracle, il n’avait eu que trois crevaisons, durant un voyage de plus de 2286 miles – ma bicyclette en a déjà eu quatre avant même d’atteindre Axminster!

La nuit tombait, et nous avions le sentiment angoissant que si les choses continuaient comme çà, nous allions perdre nos places sur le bateau partant de Weymouth à 07 heures 15 le lendemain. Deux personnes de Birmingham ont couru pour héler le dernier car qui y allait, pour que nous puissions l’attraper, et notre sort a ainsi été décidé. Dougie, le conducteur, était un chic type, ayant levé son pied de l’accélérateur, pour ralentir à une vitesse de 23 miles à l’heure, alors qu’une dame très enthousiaste mais en état d’ébriété qui se trouvait dans le car, insistait pour nous offrir un lit pour la nuit, puis pour nous y emmener. "Sinon, vous ne serez jamais à l’heure – vous savez, je vous offre çà de bon cœur".

Les 30 secondes passées à Bridport nous ont laissé une excellent impression. Le bus menant aux docks de Weymouth nous y attendait! A regret (mais sans doute par un sursaut de réalisme) nous nous sommes rendus compte qu’essayer de pousser nos vélos toute la nuit aurait été stupide – j’allais bientôt avoir besoin de pneus neufs! L’attention de Simon fut accaparée par un gallois qui ne clignait jamais des yeux, alors que je continuais à observer notre nouveau chauffeur qui conduisait à toute allure dans des petites routes qui montaient et descendaient. "Je ne connais pas cette route, il fait nuit, je ne suis pas habitué à conduire ce bus, et j’aurai dû partir il y a 20 minutes", nous avait-il dit. Comment mon père avait-il pu réussir à franchir ces côtes imposantes à 16% en seulement six heures et demi?

Nous avons poussé un soupir de soulagement en arrivant à Weymouth sains et saufs. Nous avons acheté à manger dans un drôle de ‘chip shop’, en compagnie de deux jeunes filles de 16 ans ivres, trois russes, et un homme moustachu complètement paf qui arborait un tatouage dessiné de frais. Nous avons mangé nos frites sur la plage, en regardant les pubs, les clubs et ‘chip shops’ se vider – ce qui a causé une grande cohue dans la rue. J’ai ressenti une certaine affinité avec les gens du coin, comme j’enfilais des vêtements plus chauds alors qu’ils devaient être en train d’enlever les leurs.

Nous avons passé la nuit à nous reposer, têtes inclinées, et avachis sur les tables du café dans le terminal de la gare maritime. Le bruit des camions de freight nous a réveillés, et nous avons été contents de monter à bord d’un luxueux car-ferry grande vitesse à destination des îles anglo-normandes. La traversée n’a pris que 3 heures, celle de mon père avait duré sept heures trois-quart.

J’ai reconnu St. Peter's Port, Guernesey, puis le port nuageux dans lequel nous arrivions à St. Hélier, Jersey, grâce aux photos prises par mon père. Nous avons regardé des gens qui jouaient au volleyball sur la plage, puis avons dormi en haut de la digue – Je n’arrivais pas à décider si nous étions déjà à l’étranger ou non. Jersey ne fait pas partie de l’Union européenne.

Nous avons pédalé jusqu’à la péninsule des Corbières, sans permis bicyclette, avec le plaisir de deux crevaisons supplémentaires. Nous avons considéré tenir des paris du style "Devinez combien de crevaisons", en offrant la chambre à air de réserve comme prix. Nous avons rencontré un photographe qui nous a raconté en souriant, et sans se rendre compte de son côté tragique, la très triste histoire de ces îles qui ont été tiraillées si souvent par les pays qui les entourent. Les îles anglo-normandes ont connu de nombreuses heures d’action par les nazis, ont eu des difficultés avec leur agriculture comme bien d’autres, de plus l’homme avait perdu des amis à cause des fluctuations des marchés financiers. L’inventeur du célèbre ‘Workmate’ continue à faire des émules dans cette région.

Encore un plein de féculents avec des frites et, comme le soleil se couchait, j’ai poussé mon vélo qui avait encore eu une autre crevaison jusqu’au sommet Est de l’affleurement rocheux de Mount Bingham. Ce fut un moment émouvant de savoir que mon père s’était tenu à cet endroit, exactement cinquante ans plus tôt, à l’heure près. Il y a seulement deux jours de ma vie – le jour de ma naissance et le jour de son décès – où je sais exactement où se trouvait mon père. En ce qui concerne les 42 jours suivants de mon voyage, je ne peux que faire des conjectures.

La vue d’une voiture de police en haut de la côte m’a fait réfléchir sérieusement au fait que nous dormions à la belle étoile. Mais les ‘bed and breakfast’ auraient complètement claqué notre budget de dix shillings, et de plus, c’était sans doute la peur de l’inconnu qui me saisissait.

Nous nous sommes glissés discrètement jusqu’aux ramparts, tout en haut, et avons admiré le parfait croissant de demie lune qui remplaçait maintenant le spectacle du soleil couchant au-dessus d’une jolie île. J’étais vraiment heureuse d’être étendue là et d’avoir appris combien mon père avait été fort et courageux, comme un super-héros, et que, chose surprenante, les sac de bivouac soient si confortables.

La chaleur du soleil m’a réveillé, et j’ai alors réveillé Simon, qui ronflait comme un bienheureux et qui avait dû effrayer tous les chats sauvages. J’ai poussé mon pauvre vélo pour descendre la côte, alors que Simon la descendait en roue libre, et nous nous sommes retrouvés à l’ombre du drapeau britannique de bronze, sur la place de la Libération. Nous avons réparé ma chambre à air avant que les portes arrières du car-ferry ne se ferment (le personnel de bord avait un air plutôt farouche). Nous avons trouvé plaisir à dépenser une dernière fois plein de pièces anglaises, pour nous payer une baguette, avant l’arrivée à St. Malo.